Ma petite nièce - Clara Kasten

Mon blogue

Ma petite nièce

Ma petite nièce - Clara Kasten

J’avais une petite nièce que j’adorais lorsqu’elle était toute petite. C’était une merveille de petits bouts de chou. Elle avait un monde intérieur tellement vaste, qu’elle racontait autant qu’elle ne posait de questions sur notre monde. Ce qui était le plus intéressant à vivre avec elle, était son étonnement à propos de toute chose. Un rien soulevait des questionnements incroyables. J’avais à chaque fois la surprise de ne savoir quoi lui répondre. Il fallait sans cesse que je me remette en question pour pouvoir satisfaire sa curiosité. Sa grand-mère venait un jour avec elle me voir chez moi. Sans me faire attendre, je commençais à préparer une pâte à crêpe, car la petite aimait particulièrement cuisiner. Le mélange des ingrédients et la transformation des aliments étaient pour elle, comme un monde magique. Elle adorait humer, ressentir et préparer. Lorsque je déposais la première crêpe sur une assiette, je lui demandais de la tartiner avec une confiture de son choix. Elle regarda la crêpe et me dit : oh ! Regarde ! On dirait les dessins sur la main de Mamie ! Ma mère ne le prenait pas trop mal. Il est vrai qu’elle avait pas mal de taches brunes sur la peau.

Je passais toute l’après-midi avec ma nièce à l’aider à faire plein de découvertes sur tous les thèmes auxquels elle pouvait soulever une question. Évidemment, entre les questions auxquelles on ne sait comment répondre et celles auxquelles on a vraiment aucune réponse à donner, il y en avait heureusement quelques-unes pour lesquelles, je me donnais toute une joie de répondre, et même que j’en rajoutais. Cependant, à cet âge-là, l’imprévu fait partie du quotidien. Elle me posait une question alors qu’elle était sur mes genoux puis s’endormait avant même que j’ai terminé de répondre. Elle se réveillait en demandant la suite sur un sujet sur lequel j’avais complètement perdu le fil. Le plus dur, c’était ses comparaisons. Lorsque je lui affirmais quelque chose et que sa mère lui aurait dit autre chose, je faisais front à une petite colère d’une petite fille qui ne supportait pas que l’on remette en question la parole de sa mère. Je voyais ma nièce grandir au fur et à mesure du temps et prendre ses distances pour partager son sens de la curiosité avec des enfants de son âge. Je ne pouvais rien y faire, mais je vivais cela comme une blessure. J’espérais de tout cœur que ma sœur tombe à nouveau enceinte, pour me faire un petit bout de chou avec qui je puisse découvrir d’un nouvel œil les choses les plus simples de la vie.