Des disputes inutiles - Clara Kasten

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Des disputes inutiles

Si j’avais su que Daphnée viendrait à cette soirée, j’aurais demandé à Judith de venir avec moi. Ce sont deux bonnes amies, et elles ne s’étaient pas revues depuis plus de deux ans. Un différend les avait opposées, à propos d’un condo qu’elles avaient acquis ensemble, et elles s’étaient disputées. J’aurais aimé qu’elle fasse la paix. J’avais déjà discuté avec l’une puis l’autre, j’avais même tenté de les réunir pour un souper. Je me souviens encore de la tête de Judith, quand elle vit que Daphnée avait, elle aussi, été invitée. Cette dernière m’avait certifié qu’elle voulait se réconcilier avec son amie, mais qu’elle ne parvenait pas à la rencontrer. Malheureusement, l’invitée avait tourné les talons, et elle m’avait appelée, quelques minutes après être sortie de ma maison, pour me préciser qu’elle ne m’en voulait pas d’avoir essayé de les réunir. Elle m’a avoué que la présence de notre connaissance commune l’avait surprise, et elle reconnaissait qu’elle avait mal réagi.

En conséquence, j’ai voulu recommencer cette expérience, mais plus aucune autre occasion ne se présenta. J’ai une vie bien remplie, et je pars régulièrement en déplacements professionnels. La réconciliation de ces deux jeunes femmes n’était plus une priorité. Comme j’ai revu Claire et Sophie, elles m’ont parlé de l’événement qu’elles organisaient, dans le plus grand secret, pour Méline. J’étais conviée à cette soirée. Je voulais me prendre une nouvelle robe et j’ai passé plusieurs samedis après-midi à sélectionner la tenue que je porterais. Une robe d’un vert émeraude fascinant fut mon choix définitif, après un nombre incalculable d’essayages. Sortir ne m’arrive pas souvent, je voulais me sentir bien pour ce soir-là.

Dès mon arrivée, j’ai vu Mireille et elle m’a parlé que son conjoint s’était blessé en effectuant avec un ami, un remplacement toiture Repentigny. Elle souhaitait quitter tôt pour aller le rejoindre à la maison, car il était encore mal en point. C’est en allant me chercher quelques tartines et verrines que j’ai vu Judith. J’ai réussi à passer à travers le groupe des danseurs et danseuses, j’ai évité de renverser ma coupe de champagne sur le magnifique fourreau en soir, de couleur crème, de Virginia, et, quand je suis parvenue à l’emplacement où j’avais vu mon amie, il n’y avait plus personne. J’ai continué un peu plus loin, en me dirigeant vers la terrasse. Elle était là, seule, et elle me tournait le dos. Avec la lumière lunaire et le jardin qui s’étendait devant nous, je me serais crue dans un roman gothique. J’ai gardé en mémoire cet instant prodigieusement beau.